Sunday, November 29

Étude sur les pods, ces groupes qui manipulent l’algorithme d’Instagram pour plus de visibilité


Des chercheurs ont analysé plus d’1,8 million de posts publiés sur le réseau social, dont la visibilité a été boostée par plus de 400 pods. L’étude montre que leur utilisation a conduit à une augmentation des interactions organiques des utilisateurs.

Les pods permettent d’obtenir plus d’engagements sur un post Instagram en biaisant l’algorithme. Crédits photo : itchaznong / Adobe Stock.

Une équipe de chercheurs de l’Université Tandon de New York et de l’Université de Drexel à Philadelphie a mené une étude sur les pods. L’objectif : découvrir si leur utilisation a permis d’augmenter réellement l’interaction organique des posts sur Instagram.

Les pods sont des groupes de discussions privées, souvent hébergés sur Telegram, qui partagent mutuellement des likes et des commentaires sur le réseau social Instagram. Ils manipulent ainsi l’algorithme, qui s’appuie sur des critères de popularité, d’engagement et d’intérêt exprimé par les utilisateurs, dans le but d’obtenir de manière artificielle plus de visibilité sur Instagram. Cette pratique, connue des plateformes sociales comme étant un « abus de réciprocité », n’avait jamais été analysée en détail, selon l’équipe de chercheurs.

Les pods permettent d’augmenter l’engagement organique des posts

Pour cette étude, les chercheurs ont analysé plus d’1,8 million de posts publiés sur Instagram par 111 455 comptes et relayés à travers plus de 400 pods hébergés sur Telegram et la messagerie privée de Twitter. Chaque pod comptait en moyenne environ 900 utilisateurs, certains pouvaient être suivis jusqu’à 17 000 personnes. Les pods analysés ont posté des commentaires plus de 4 000 fois par jour et chacun d’entre eux a obtenu un fort taux d’engagement, à la fois artificiel et organique.

L’une des découvertes les plus surprenantes a été l’efficacité des abus de réciprocité, non seulement pour augmenter la visibilité d’un post, mais aussi pour accroître l’engagement réel et organiqueexplique Rachel Greenstadt, professeur agrégée en informatique et ingénierie à NYU Tandon.

Si les publications soumises aux pods ont généré un grand nombre de likes et de commentaires artificiels, cette activité a également eu pour conséquence de tromper l’algorithme d’Instagram pour les promouvoir davantage, conduisant par la même occasion à un plus fort taux d’engagement, même sur les publications non soumises aux pods.

Parmi les résultats obtenus, on peut retenir que :

  • 70 % des utilisateurs ont connu une multiplication par 2 ou plus du niveau d’interaction sur leurs posts après avoir commencé à publier dans des pods et ces utilisateurs ont vu le nombre de commentaires être multiplié en moyenne par 5 ;
  • Lorsque les utilisateurs qui n’avaient jamais posté dans des pods ont commencé à publier 50 % de leurs publications dans ces groupes de discussions, ils ont vu leurs interactions organiques avec des publications qu’ils n’avaient pas publié dans des pods multipliées par 5 sur leurs propres comptes.

Des termes génériques dans les commentaires des pods sur Instagram

Pour arriver à ces résultats, l’équipe de chercheurs a développé un outil de machine learning pour détecter les posts avec une forte probabilité d’avoir gagné en popularité grâce à l’engagement de pods. La façon dont les membres de ces groupes ont commenté des posts sur Instagram, de même que l’heure de publication de leurs réponses, a été comparée avec d’autres posts plus « classiques ». Les chercheurs ont ainsi remarqué certaines différences significatives dans la manière de s’exprimer et les mots employés.

Lorsqu’une personne non liée à un compte s’exprime dans un commentaire, elle aura tendance à utiliser plus de termes génériques comme « nice pic » ou « wow », alors que des abonnés ou des proches vont plutôt rédiger des remarques personnelles, voire utiliser des phrases plus abouties. Certains pods mettent généralement en garde leurs membres pour éviter de se faire repérer. Les chercheurs américains ont établi une liste des termes les plus utilisés dans les commentaires de posts, dont la visibilité a été accrue par l’intermédiaire de pods :

Crédits photo : Janith Weerasinghe, Bailey Flanigan, Aviel Stein, Damon McCoy et Rachel Greenstadt.

Selon l’étude, les conditions d’entrée pour rejoindre un pod n’étaient pas strictes. Seulement 4 % d’entre eux ont exigé que les utilisateurs aient un nombre minimum de followers avant de rejoindre le groupe. Les chercheurs ont également noté qu’il n’était pas difficile de trouver ces pods à partir du moteur de recherche de Google, certains étaient ouverts au public. Le peu de contraintes demandées pour rejoindre ce type de groupe de discussions privées et la manière dont ils s’organisent apportent aux pods une force de frappe significative pour mener à bien leurs actions face à l’algorithme d’Instagram.

Ces pods sont difficilement identifiables

« La plupart des tentatives pour manipuler l’algorithme impliquent des techniques telles que des robots et des scripts automatisés. Les sociétés de médias sociaux ont mieux réussi à atténuer ces attaquessouligne Janith Weerasinghe, étudiant en doctorat et membre de l’équipe de chercheurs. Cependant, les pods impliquent que les humains agissent manuellement, ils sont donc plus difficiles à détecter. »

La frontière reste mince entre le partage d’un post par le biais d’un service de messagerie instantanée dans un comité restreint et la pratique massive de réciprocité abusive, à escient, à travers l’usage de ces pods. Selon Rachel Greenstadt, le problème réside dans la manière dont l’algorithme d’Instagram traite ce type d’action, en fonction de l’amplification ou non d’un contenu posté sur sa plateforme.

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